Correspondances de Tanger

Lettres d'information

Printemps arabes

Printemps arabes

Adonis

Politique
2014
La Différence

“Né Ali Ahmad Saïd Esber, dans une famille syrienne chiite, l'auteur des Chants de Mihyar le Damascène (Sindbad, 1983) réaffirme ici ses positions de principe en faveur de la séparation de la religion et de l'Etat...
À lire, la tête froide.” (Catherine Simon, Le Monde du 30 janvier 2014)

Plus de détails

130 Dh

Extrait
ARBRE DU SENS,
QUAND LES VENTS DES IMAGES SOUFFLENT-ILS ?

1.
Dans la vie arabe, toutes les formes de gouvernance ont été expérimentées, mais rien n'a changé dans la société, rien de ce qui devait changer. Même l'expérience des révolutions n'a produit que des résultats désastreux.
Le rocher de Sisyphe continue son éternel va-et-vient.
Si nous voulons vraiment nous changer et transformer autour de nous les événements, il faut que le rocher se brise.
Sisyphe,
Le chemin : encore long et ardu.

2.
Jean-François Lyotard revendiquait pour l'homme le droit de ne pas s'exprimer, le droit au silence. Il avançait l'idée que le droit au silence fait aussi partie de la panoplie de l'homme libre : toute expression implique le respect du silence.
Ces deux valeurs, celle de la parole et celle du silence, ont été, historiquement, pratiquées dans la société arabe, mais les pouvoirs voyaient dans l'une et l'autre une atteinte grave à l'équilibre social : ceux qui gardaient le silence étaient ostracisés, ceux qui prenaient la parole le payaient de leur vie.

L'individu arabe ne peut «parler» ou «se taire» que dans le strict cadre d'une «règle» qui se décline ainsi :
- les «énonciations» de convenance restent tolérées,
- tous les «sous-entendus» demeurent subversifs. Ainsi, sous la censure des «détenteurs du pouvoir», et celle de l'opposition, le citoyen arabe vit-il un dilemme qui se manifeste par l'impossibilité pour lui de faire la part des choses entre ses «droits» et ses «devoirs».
Dans la structure de la société arabo-musulmane, la censure est un élément dynamique de la politique et de la culture. L'individu dans une telle société naît «enchaîné», en dépit des paroles attribuées au calife Omar Ibn Al-Khattab : «De quel droit asservir les gens alors qu'ils sont nés libres.»
Accusé d'avance et obligé de prouver son innocence, l'individu arabo-musulman passe sa vie à lutter, à justifier ses actes et ses paroles. La vie qu'il mène est une épreuve terrestre sanctionnée par l'arbitraire des jugements religieux.

3.
L'individualité est une véritable abstraction, un «mot» sans signification. L'homme arabe naît mort.
En d'autres termes, un tel individu ne saurait exister dans la société que numériquement. Du coup, la société même devient un logarithme.
(...)

AGENDA

FOCUS

Depuis 2010, la Librairie des Colonnes est une maison d'édition, dont les titres sont diffusés dans toutes les bonnes librairies du Maroc, au Moyen-Orient, en Europe et dans le monde entier par notre diffuseur Bookwitty-L'Oiseau Indigo

 

http://www.loiseauindigo.fr/


Retrouver notre catalogue de littérature en français et en arabe, notre monographie sur la Cinémathèque de Tanger en 4 langues, les numéros de la revue Nejma... etc